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Plaine d'Aunis
Des perquisitions et des questions

L'opération judiciaire qui s'est déroulée le 31 mars dans la plaine d'Aunis n'a donné lieu à aucune garde à vue, mais elle a à nouveau mis en lumière le caractère explosif de ce sujet aux abords de La Rochelle.

Les perquisitions ciblaient « la détention et l'usage de produits phytopharmaceutiques non autorisés ».
Les perquisitions ciblaient « la détention et l'usage de produits phytopharmaceutiques non autorisés ». (Photo d'archives)
© J. Danin

Une opération de grande envergure : c'est ce qui ressort des détails ayant fuité concernant les perquisitions menées au matin du 31 mars sur une dizaine d'exploitations de la plaine d'Aunis. Révélée par la cellule investigation de Radio France, cette opération a été confirmée par le procureur de la République de La Rochelle, Arnaud Laraize. Selon lui, ces perquisitions ont été menées « sous l'autorité du pôle régional environnemental de La Rochelle dans le cadre d'une enquête sur la détention et l'usage de produits phytopharmaceutiques non autorisés ». 

Et d'ajouter : « Les résultats de ces perquisitions relèvent du secret de l'enquête. Il n'y a aucune mesure de garde à vue. »

L'information survient dans un contexte une fois de plus tendu pour ce secteur de la Charente-Maritime. Cela fait plusieurs années qu'une controverse y fait rage autour de la responsabilité éventuelle des produits phytosanitaires dans un « cluster de cancers pédiatriques » à proximité de La Rochelle. L'étude publiée en 2018 par le Registre des cancers de Poitou-Charentes (initialement organisée en raison de l'inquiétude des riverains quant à la présence d'une usine de fabrication de bitume) a été utilisée pour dénoncer l'agriculture conventionnelle, bien que la publication n'y fasse pas référence. Depuis, les relations sont difficiles entre les professionnels, les élus et la population, malgré une tentative de médiation initiée par la Communauté d'agglomération de La Rochelle et la Chambre d'agriculture en 2022-2023. Dernier élément en date, le lancement d'une étude appelée ExpoScan, en début d'année, par la préfecture, autour de la question « Existe-t-il des expositions environnementales spécifiques sur des zones présentant un regroupement atypique de cas de cancers pédiatriques ? ». Une interrogation qui ne cible pas directement l'agriculture.

Incertitudes sur les produits

Dans ces circonstances, les perquisitions n'ont pas manqué de faire réagir au sein du monde agricole départemental. Président de la FNSEA 17, Jérôme Brisset apporte son « soutien aux agriculteurs perquisitionnés ». À ses yeux, « ils ont été traités comme des grands délinquants. Il ne faut pas abuser, il y a des limites. » « Ce qui nous a choqués, c'est la méthode », appuie également son homologue chez les JA 17, Kévin Dumont.

L'enquête étant encore en cours, sans annonces officielles, les deux élus ne souhaitent pas la commenter davantage et espèrent qu'elle pourra lever les soupçons sur les pratiques agricoles et les agriculteurs. Toutefois, dès le 2 avril, la radio RMC annonçait que de petites quantités de produits interdits auraient été saisies, ce qui interroge Jérôme Brisset. « Derrière 'interdits', on peut mettre beaucoup de choses », note-t-il. 

« Est-ce que ce sont des PPNU, produits phytosanitaires non utilisables ? Des produits qui ont perdu leur autorisation de mise sur le marché ? On n'en sait rien, on n'a pas de détails. » 

Le cas échéant, il aurait pu s'agir de produits certes interdits à l'épandage, mais qui auraient pu être stockés en attendant une collecte par les coopératives et l'organisme Adivalor. 

Interrogé par RMC le même jour, Cédric Tranquard, vice-président de la Chambre d'agriculture 17-79, évoquait la possibilité de plaintes contre « les diffamations et attaques injustifiées » visant les agriculteurs, ce que soutient Jérôme Brisset. « On se réserve le droit de contre-attaquer », assure-t-il. Le sujet a effectivement, une nouvelle fois, suscité des articles de la part de plusieurs médias nationaux n'hésitant pas à cibler l'agriculture alors même que les associations environnementales locales choisissaient cette fois de garder le silence sur la procédure en cours. Sur les réseaux sociaux, de très nombreux commentaires s'en sont pris aux agriculteurs, soulignant une fois de plus la fracture béante entre la profession et une partie de la population. « Ce qu'on constate dans la campagne, c'est que cela a mis un coup d'arrêt aux agriculteurs du secteur qui n'osent même plus travailler actuellement », déplore Kévin Dumont, qui souhaiterait que le monde agricole cesse d'être toujours pointé du doigt. « Toutes ces villes sont proches de zones d'activité avec de grosses usines qui utilisent également des produits chimiques », rappelle-t-il. « Je ne pense pas que toujours taper sur l'agriculture soit la bonne solution. »

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