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Réserves de substitution
Derrière les festivités de BNM, la souffrance du monde agricole et rural

En amont du weekend de manifestations anti-bassines, des adhérents de la Coop de l’eau 79 ont souhaité témoigner de leur métier et de ce qu’ils traversent.

© Chloe Poitau

Ils avaient prévenu que leur mobilisation serait d’ampleur. Elle promet de l’être. Cette semaine, le collectif Bassines non merci (BNM) a occupé l’espace médiatique, en programmant chaque jour des sous-événements à son weekend phare des 24-26 mars.

Weekend dont le point de ralliement sera un forum international pour la défense de l’eau, à Melle, présenté comme un joyeux festival : concerts, conférences, cantines et camping dans les parcs de la ville.

Le spectre de l’agrobusiness

Cette fête, très organisée (on trouve sur le site de BNM des conseils pour manifester, une garderie pour que les parents puissent militer, des liaisons bus et covoiturage…), ne fait pas oublier l’autre partie de l’événement : une manifestation aux abords des réserves de Mauzé et/ou Sainte-Soline, dans l’idée qu’il n’y ait « pas une bassine de plus ».

Dans ce bruit médiatique, sept adhérents de la Coop de l’eau 79 ont réuni la presse le 21 mars.

« On veut prendre la parole pour réexpliquer qui nous sommes, et ce que nous ressentons ».

Pour ces patrons de fermes de taille familiale (par gérant : 80 ha en moyenne et autour de 26000 m3 d’irrigation), le spectre de l’agrobusiness brandi par les opposants est incompréhensible.

Ils estiment mettre au quotidien « les mains dans le cambouis pour la biodiversité » et faire justement rempart à l’agrobusiness. Pour eux, les opposants se « trompent de cible ».

Me Sébastien Rey, avocat de la Coop de l’eau 79, résume : « Inscrits dans des projets de transmission, d’installation et de circuits courts, mais aussi de préservation de leurs sols, ces agriculteurs sont stigmatisés dans le discours simpliste de personnes qui s’opposent au gouvernement et à l’agrobusiness. Ils sont ciblés personnellement, on s’introduit sur leurs terres et on surveille leurs fermes pour casser. Et chaque dégradation est vécue comme un trophée par les opposants. Cette surenchère de BMN, c’est une validation implicite du harcèlement ».

Deux plaintes ont été déposées la semaine dernière par la Coop et certains de ses adhérents vis-à-vis de ces comportements.

Pour ces patrons de fermes de taille familiale, le spectre de l’agrobusiness brandi par les opposants est incompréhensible

Les villages sont touchés 

Soumis à une pression permanente, le quotidien de ces irrigants est compliqué. « On m’a promis de me faire ma fête sur les réseaux sociaux, avec ma photo. J’espère que mon fils ne sera pas découragé de reprendre la ferme », livre Thierry Géant, céréalier qui a passé une partie de ses cultures en bio à la faveur du protocole d’accord de 2018.

Le sujet des bassines génère des brouilles au sein des familles, des groupes d’amis, des voisins. Et renforce les divisions au sein même du monde agricole.

« On n’avait pas prévu de devoir se défendre, de mettre des forteresses autour des réserves », exprime Thierry Boudaud président de la Coop de l’eau 79, qui réaffirme la nécessité de ce projet de gestion collective.

« Même si le prix de l’eau a augmenté du fait de l’inflation et de la sécurisation des sites, il n’est pas question d’aller jusqu’au moratoire, qui signifierait qu’on stoppe et qu’on ne reprend pas le projet. Le moratoire n’est pas une proposition de dialogue, ou alors avec un pistolet sur la tempe ». 

Et un agriculteur présent de s’écrier : « le prix de l’eau qui monte, les opposants n’attendent que ça pour stopper l’irrigation. Mais sans irrigation, ils nous envoient vers des systèmes comme la Beauce ! », ou vers l’importation de produits issus de pays ultra-intensifs, complète-t-il.

« Et là au revoir la loutre, mais aussi la vente directe, l’élevage et les cultures diversifiées ! ».

 

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