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Agriculture Biologique
Consensus autour d’un objectif de développement

René de La Porte, président d’Agrobio Poitou-Charentes et Philippe Moinard, président de la FRSEA, travaillent au développement de l’agriculture biologique. Interview croisée de deux hommes que l’essor du marché des produits biologiques rapproche.

Philippe Moinard, président de la FRSEA et René de La Porte, président d’Agrobio Poitou-Charentes.
Philippe Moinard, président de la FRSEA et René de La Porte, président d’Agrobio Poitou-Charentes.
© C. P.

Quels sont les enjeux du développement de l’agriculture biologique ?
René de La Porte et Philippe Moinard s’accordent sur le point suivant : le marché, la demande de produits biologiques est aujourd’hui réelle. Les achats se multiplient, stimulés par des programmes politiques favorables à l’introduction des produits labellisés AB, notamment dans la restauration collective. Parce que la demande est criante, il faut développer l’agriculture biologique au sein des territoires.
- René de La Porte : Cette réalité des marchés est l’opportunité pour nombre de convaincus de voir leur modèle agricole se développer. La mise en œuvre à grande échelle d’une agriculture harmonieuse, d’une production qui se ferait dans le respect de la nature, de la dynamique des territoires tout en rémunérant les hommes est une attente historique. Le marché tire. Il faut convertir les exploitations pour produire plus. Parallèlement de nouveaux schémas de distribution doivent voir le jour. La dynamique économique et sociale des territoires est l’un des enjeux du développement de l’agriculture biologique.
- Philippe Moinard : Il y a un marché. A elle seule cette réalité justifie le développement de l’agriculture biologique. Les conversions doivent être à la hauteur des besoins exprimés par la consommation. Mais au-delà des débouchés, et alors même que notre société attend la mise en œuvre de pratiques agricoles écologiquement acceptables, ce qui est intéressant dans l’agriculture biologique, ce sont les méthodes. Pour répondre à la problématique environnementale, le monde agricole a besoin de s’inspirer des techniques développées par une partie des agriculteurs qui composent ses rangs.

L’agriculture biologique n’est pas un nouveau mode de production. Son développement est un objectif déjà ancien pour certains. Or, aujourd’hui encore, elle ne représente que 2% de la SAU nationale. Comment atteindre l’objectif de 6% fixé dernièrement par le gouvernement ?
- René de La Porte et Philippe Moinard : Le consommateur, par ses actes d’achat, détient le pouvoir. Ce sera parce que la consommation de produits biologiques augmentera que l’agriculture biologique se développera.
- P. M. : Le consommateur doit dépasser les intentions. Il faut acheter. Ce qui est loin d’être évident lorsque le discours ambiant est à la dénonciation d’une vie trop chère. Ce qui est sûr, c’est que des produits bio au prix des produits issus de l’agriculture conventionnelle, ça n’existe et n’existera pas. L’agriculture biologique est marquée par le surcoût lié à la mise en œuvre de techniques écologiquement acceptables, mais également du coût du développement local. Les agriculteurs ne peuvent pas être les seuls à supporter ce poids.
- R. P. : Effectivement, un hectare cultivé selon les règles du mode biologique demande 30% de main-d'œuvre en plus qu’en mode conventionnel.
- P. M. : Les agriculteurs n’accepteront la conversion qu’à condition de s’y retrouver socialement.
- R. P. : L’avenir est dans la naissance de nouveaux schémas. La recherche, tant sur la génétique, que les conduites culturales, doit se consacrer sur la productivité des plantes avec les moyens qu’offre la biologie. L’agriculture biologique est un mode de production très technique. La marge de progrès est réelle.
Toutefois, seuls, et dans le schéma actuel de distribution et de consommation, le maillon qu’est l’agriculture ne pourra avancer. Les agriculteurs par des systèmes d’exploitation différents relèvent les défis écologiques, sociaux et économiques qu’ils se lancent et qui leur sont lancés. Distributeurs et consommateurs doivent faire leur part du chemin. Il est indispensable de créer des lieux d’échanges et de concertation afin que chaque maillon de la chaîne se sente responsable de l’avenir du marché aujourd’hui en développement.

Côté producteur, même si le crédit porté au mode biologique s’accroît, il y a toujours les convaincus et les autres. Qu’est-ce qui bloque ?
- P. M. : L’idéologie sur laquelle le mode biologique, de nombreuses années, a survécu ne correspondait pas au modèle agricole unique qui dans les années d’après-guerre s’est développé. Il fallait produire, c’était l’ère du tout chimique.
Les agriculteurs observent ce qui se passe autour d’eux, écoutent ce qui se dit. Au cours des années 80, on a atteint les limites du raisonnement d’une agriculture concentrée sur un seul objectif, les quantités. Depuis une quinzaine d’années, c’est une agriculture plurielle qui se développe sur les territoires. Les attentes de la société, les marchés, ont initié cette transformation. L’agriculture s’adapte pour répondre à ces attentes. L’agriculture biologique, l’agriculture raisonnée retiennent l’attention des producteurs.
Jusqu’à présent en agriculture biologique, nous n’avions pas vraiment d’exemple de réussite. Les choses changent. Il faut le faire savoir. Un travail sur les résultats technico-économiques des exploitations est lancé. Il a vocation à engager une communication sur les marges d’une exploitation convertie. Il faut être transparent. Parce qu’il ne suffit pas de dire que l’on gagne bien sa vie en agriculture bio. Pour intéresser, il faut le prouver.
- R. P. : Il est temps que les partisans du mode biologique sortent de leur forteresse. Trop longtemps nos troupes se sont senties en marge, parfois même agressées. Pour résister, elles se sont renfermées sur elles-mêmes.
Aujourd’hui, c’est avec tous les interlocuteurs du monde agricole qu’Agrobio Poitou-Charentes souhaite développer l’agriculture biologique. Nous travaillons avec la FRSEA qui entre dans l’agriculture biologique par la porte de l’économie. Si d’autres veulent entrer par une autre voie, nous les y encourageons.
Avec Philippe Moinard, nous avons eu une opportunité de rencontre. Nous l’avons saisie. Aujourd’hui nous travaillons ensemble. Les installations en maraîchages sont difficiles. Les porteurs de projet ont toutes les peines du monde à accéder au foncier. Pourtant, le marché des fruits et légumes bio est en forte croissance. Ensemble, nous cherchons des solutions.

Une enveloppe de 12 millions d’euros

Les deuxiemes assises nationales de la bio, le 8 octobre, ont été marquées par deux annonces : le déplafonnement des aides à la conversion, avec une enveloppe de l’Etat de 12 millions pour le satisfaire.
Jusqu’à présent, ces aides ne pouvaient excéder 7600 euros par exploitation, au maximum multipliables par trois dans le cas d’un Gaec à trois associés. Or, pour les céréales par exemple, cela ne pouvait représenter au mieux que 38 hectares. Avec le déplafonnement, ce secteur très prisé, le moins concerné aujourd’hui par le bio, pourrait autoriser que l’on atteigne l’objectif visé.
Techniquement, il reste toutefois des étapes à franchir : ce sont les préfets de région qui autoriseront ces déplafonnements, avec la possibilité de fixer un autre plafond. Ce qui signifie des négociations par régions quasi immédiates entre les producteurs et ces autorités régionales, de façon à ce que les demandes d’aides de chaque agriculteur, qui doivent être adressées avant le 15 mai 2009, soient formulées avec les bons montants.

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