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Conjoncture agricole : des perspectives sombres

La salle Xavier Bernard était comble, le 25 septembre, pour aborder les difficultés actuelles que traverse le secteur agricole.
La salle Xavier Bernard était comble, le 25 septembre, pour aborder les difficultés actuelles que traverse le secteur agricole.
© Guillaume de Werbier

La semaine dernière la chambre d'agriculture a convié OPA et les services de l'État pour identifier les leviers proposés par les uns et les autres pour aider les agriculteurs à sortir la tête de l'eau.

Avec des hausses de pluviométrie d'au moins 50 %, dans tous les secteurs de la Vienne, sur cette dernière campagne, c'est tout l'assolement qui a été bouleversé, rappelait Maxime Breillad, responsable productions végétales à l'organisme consulaire. Résultat : moins de surfaces en blé tendre, en colza, en orge d'hiver, en protéagineux, compensées par des hausses de surfaces en maïs grain, jachères, tournesol et orge de printemps. " On observe des pertes de rendements sur les principales cultures." Et finalement, c'est la marge à l'hectare qui en pâtit durement. "Les tournesols et maïs ont été semés tardivement à cause des intempéries de printemps. On voit en ce moment que les pieds de tournesol sont très fragiles. La météo annoncée pour les jours à venir pourrait être catastrophique pour cette culture", craint Philippe Tabarin, le président de la chambre d'agriculture.

Factures à régler

Dans la salle, les représentants des coop et des négoces confirment la tendance. "Le fait marquant c'est le report des céréales sur du maïs et du tournesol", dit Jacky Artaud, conseiller d'exploitation à Océalia. "Les prix du blé et du maïs sont au plus bas, par rapport aux 3 dernières années, avec en même temps des hausses de coûts de production. Les faibles retours de collecte n'ont pas permis de compenser les factures échues chez beaucoup de producteurs." Quant au maïs, sa valeur alimentaire est mauvaise, et dans certains secteurs les épis sont quasiment absents.

Les viticulteurs, qui ont rencontré des problèmes sanitaires (mildiou, oïdium), mais aussi récemment, pour certains, des dégâts de grêle, ne sont pas mieux lotis pour cette récolte 2024. Si la qualité est là, ce n'est pas le cas du rendement pour certains cépages. " Pour les maraîchers, à cause de la météo, il y a eu des problématiques de report de plantations, donc des retards sur la production, et une arrivée tardive sur le marché, avec une qualité qui n'était pas au rendez-vous", complète Maxime Breillad.

Emmanuel Sainson, responsable du pôle Élevage de la chambre d'agriculture, remarque que les éleveurs ne sont pas à la noce non plus, avec la présence de la FCO, et de la MHE qui, au-delà de l'impact sur la santé des animaux, sont un véritable casse-tête administratif pour les producteurs. " Les rendements des céréales que l'on destine à l'alimentation du troupeau, sont en baisse. Ça va être des coûts supplémentaires l'année prochaine pour les éleveurs. Sans compter l'impact des maladies qui arrivent dans les élevages. Il y a un manque de paille qu'il faudra acheter." Stéphanie Meillaud, présidente de l'Adev 86, s'inquiète pour les mois à venir.

Dans la salle Xavier Bernard de la chambre d'agriculture, tous les participants à la réunion étaient unanimes pour dire que ce n'est que le début des difficultés financières pour les agriculteurs. La baisse des prix des céréales depuis un an, couplée avec l'augmentation des charges, et maintenant la baisse des rendements, n'augure rient de bon pour les trésoreries, estime Samuel Gaborit, vice-président de la Caisse régionale du Crédit Agricole Touraine Poitou. "On observe des taux de créances douteuses et litigieuses en légère hausse de 2,4 %. Ce n'est pas catastrophique mais on est en veille".

Pour les responsables agricoles présents, le règlement des cotisations MSA, celui de l'impôt foncier, le paiement des fermages... ne vont peut-être pas être réglés en temps et en heure. Pour différentes structures, ces problématiques financières sont déjà palpables. "Des impayés qui s'accumulent dans nos entreprises", confie Éric Retailleau, président des EDT de la Vienne. "On fait office de banque. On ne sait plus comment faire." La Fédération départementale des Cuma connaît un scénario identique, avec des factures d'impayés. "On aura sûrement des problèmes d'annuités à régler ensuite", redoute Damien Berthomier, son président.

Les organismes bancaires et assurantiels se sont dits présents pour aider les exploitants à maintenir le cap. "On veut que les conseillers d'agence aient délégation pour mettre en place tout de suite des pauses sur la totalité des échéances annuelles (prêt tracteurs...)", présente Claude Quintard, responsable du marché de l'agriculture au Crédit Agricole Touraine Poitou. "C'est important pour les agriculteurs en termes de trésoreries. Ce sera gratuit."

Pour les sociétaires qui ont des problèmes de paiement, ils sont pris en charge par les services de Groupama pour "mettre en place des échéanciers adaptés et des paiements partiels programmés", indique Valérie Livolsi, présidente de la Fédération des caisses locales Groupama de la Vienne. De leur côté, les coopératives et négoces ont présenté plusieurs dispositifs permettant des reports d'échéances de paiement, des avances de trésorerie, et autres versements d'acompte en avance.

Un soutien salutaire quand, dans le même moment, l'association Réagir 86, dédiée aux dossiers des agriculteurs en difficulté, craint un afflux de sollicitations d'ici la fin de l'année. "Nous commençons à avoir des contacts téléphoniques d'agriculteurs de secteurs habituellement éloignés de Réagir. Nous n'avions pas avant de céréaliers du nord et nord-est du département venant frapper à notre porte."

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