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3 questions à… Gérard Gomez, président de la CMA Nouvelle-Aquitaine
« Ce n’est pas l’avenir que je veux pour mes enfants »

La baisse des niveaux de la prise en charge de l’apprentissage pourrait compromettre l’avenir de nombreuses formations professionnelles, selon le président régional de la Chambre de métiers et de l’artisanat.

« Nous avons besoin d'une politique forte de soutien à l'apprentissage, qui valorise nos métiers, encourage l'entrepreneuriat et donne toutes les chances à nos jeunes de s'épanouir professionnellement », insiste Gérard Gomez, président de la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat.
« Nous avons besoin d'une politique forte de soutien à l'apprentissage, qui valorise nos métiers, encourage l'entrepreneuriat et donne toutes les chances à nos jeunes de s'épanouir professionnellement », insiste Gérard Gomez, président de la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat.
© Claude Petit
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Le conseil d'administration de France Compétences a décidé de baisser les Niveaux de prise en charge (NPEC) de l'apprentissage. Quel sera l’impact sur les centres de formations ?

Gérard Gomez : Pour assurer nos formations, nous avons des contrats qui nous permettent de couvrir les frais de nos CFA (centres de formation). On nous a annoncé une baisse de 5 % des niveaux de prise en charge à compter du 1er septembre, c’est plutôt 10 % pour nos métiers comme nos CAP de métiers de bouche. Ce qui nous pose un gros problème avec l’inflation que l’on a connu ces derniers temps. Nous arrivons plutôt à 18 % de baisse. La question, c’est : comment va-t-on arriver à porter des formations de qualité pour ces jeunes ?

Et quel est le signal envoyé par le gouvernement ? Le président de la République disait vouloir un million d’apprentis d’ici fin 2027.

Aujourd’hui, force est de constater que la volonté n’est plus la même. Nous avons eu l’information lundi dernier (17 juillet). Nous sommes en pleines vacances scolaires, parlementaires et autres. Il est difficile pour nous de nous mobiliser.

 

Vous estimez le calcul « arithmétique ». Vous ne vous attendiez pas à cette annonce, malgré tout ?

Nous attendions de voir comment le plan allait se matérialiser. On nous avait dit que la baisse allait porter surtout sur les diplômes post-bac. Ce n’est pas le cas ! En réalité, les baisses se font sur les plus petites formations. Sur un CAP de boucher, la baisse est de 10 % ; pour un master en Droit des affaires, c’est -1,25 %.

Nous sommes prêts à discuter avec l’État et avec France Compétences pour trouver des sources d’économies. Elles ne doivent pas se faire forcément dans nos métiers.

Quand nous avons 12 jeunes dans une salle de boucherie par exemple, on a 12 établis et on ne peut pas en mettre plus. Alors que dans une formation en master, si vous mettez 120 personnes dans un amphi plutôt que 100, personne ne verra la différence...

Nous voulons discuter avec le gouvernement avant que l'arrêté définitif fixant les niveaux de pris en charge soit pris.

"Si on ne forme pas les jeunes en capacité de reprendre ces activités, demain il n'y aura plus de boulangerie, plus de boucher ou de coiffeur dans le village."

 

Quelles conséquences pour les formations des CFA ?

Il y a des formations qui ne sont clairement pas rentables. Parce qu'elles ont de petits effectifs, parce qu'elles sont de haut niveau. Nous arrivions à les maintenir grâce aux formations de masse comme les CAP. Demain, comme on perdra aussi de l'argent sur les CAP, nous ne pourrons pas maintenir nos formations d'excellences et nous devrons fermer des formations, voire des CFA. Il faut ouvrir de vraies négociations avec l'État qui doit considérer l'apprentissage comme un investissement et non comme une charge.

La question est aussi de savoir si on préfère laisser les jeunes traîner dans la rue ou si on veut les accompagner vers l'insertion professionnelle et l'emploi.

Nous ne savons pas d’où sortent ces chiffres… Nous ne savons pas si c'est de l'arithmétique pure. À mon avis, c'est ça : un tableur Excel qui a dû sortir des chiffres de je-ne-sais-où ! Nous formons évidemment beaucoup plus de jeunes en CAP qu'en Master droit des affaires. L'impact doit être plus grand sur les dépenses. Mais nous devons voir le bénéfice au bout. Personne n'y a regardé. Je ne connais pas les formules de calcul mais elles nous mettent dans une impasse.

La population des artisans est vieillissante en Nouvelle-Aquitaine, avec 27 % d'artisans qui ont 55 ans et plus. Ce sont des entreprises qui vont être à reprendre dans les prochaines années. Si on ne forme pas les jeunes en capacité de reprendre ces activités, demain il n'y aura plus de boulangerie, plus de boucher ou de coiffeur dans le village. C'est peut-être ce monde-là qu'on veut. Ce n'est pas celui que j'imagine pour mes enfants.

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