Élevage
Canicule : des conséquences à long terme sur les animaux
"La vague de chaleur qui touche actuellement le grand ouest, où sont élevés 75 % des porcs, 80 % des poulets de chair et 20 % des vaches laitières, aura un impact sur la production française", avertissait David Renaudeau, directeur de recherche de l'unité Inrae "Pégase" de Bretagne-Normandie, le 27 mai, lors d'un webinaire consacré à l'épisode caniculaire actuel.
"On sait que les premières chaleurs sont les plus éprouvantes pour les animaux, et les éleveurs sont surpris par la précocité de l'événement. Les systèmes de cooling (rafraîchissement des bâtiments) et de distribution d'eau ne sont pas prêts, la ration estivale n'est pas en place".
Des pertes au-delà de la canicule
Disposant d'encore peu de retours terrain, le chercheur rapporte cependant l'expérience des précédentes vagues de chaleur. "On observe des baisses quantitatives de la production, en viande, lait ou œufs, pertes qui perdurent au-delà de l'épisode".
La qualité des produits est également affectée. Les œufs sont par exemple de plus petits calibres, et plus fragiles, à cause de perturbations du métabolisme phosphocalcique. Le lait de vache est moins riche en protéines, plus chargé en cellules, et plus difficile à transformer.
"L'impact le plus visible reste celui de la surmortalité des animaux, rappelle David Renaudeau. Elle peut augmenter de 10 % chez les vaches laitières et jusqu'à 25 % chez les allaitants".
Des comportements sociaux perturbés
Mais "c'est l'arbre qui cache la forêt, estime le chercheur. Derrière les perturbations de la production, il y a la baisse de la disponibilité et de la qualité des ressources végétales, ou encore la réémergence de maladies, notamment des zoonoses".
Parmi les effets moins connus étudiés par l'Inrae, le chercheur révèle des effets à long terme des canicules, sur les générations futures. "Les fœtus exposés à une vague de chaleur en fin de gestation deviennent des animaux avec des performances moindres, mais également un comportement social perturbé", expose-t-il.
Stratégies d'adaptation
Dans l'immédiat, le chercheur conseille de surveiller les animaux les plus sensibles, notamment ceux en plein pic de production, ou les productions en bâtiments confinés.
Il préconise de régler l'intégralité du matériel d'élevage à la situation (notamment le débit d'eau, une vache pouvant boire jusqu'à 150 litres par jour), de réduire si possible la densité animale et d'éviter les départs d'animaux à l'abattoir pendant la journée. La distribution de l'alimentation est à réserver aux heures les plus fraîches de la journée, car la digestion génère beaucoup de chaleur chez les animaux. Un additif peut-être ajouté à l'eau de boisson pour compenser les pertes en minéraux.
À moyen et long terme, David Renaudeau incite les filières à l'adaptation des conduites : décalage des périodes de vêlage, révision des systèmes fourragers, ou travail sur la génétique, qui " offre une voie intéressante, par la sélection d'individus plus aptes à supporter les températures extrêmes". Les bâtiments devront par ailleurs intégrer ce critère, par une exposition différente et un environnement arboré ou prairial, offrant un cooling naturel.