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Portrait
Benoit Forestier, un vétérinaire rural en constante adaptation

Benoit Forestier, vétérinaire rural depuis trente ans à Chiché, a vu son métier se transformer en même temps que la profession d’éleveur.

Benoit Forestier est spécialisé dans l’élevage. Formé pour soigner tous les animaux, ce sont surtout ses aînés dans le métier qui lui ont appris à prendre soin des petits ruminants.
© DR

Dans le nord Deux-Sèvres, « il est plus facile de trouver un vétérinaire qu’un médecin ou un dentiste », confie Benoit Forestier. La commune de Chiché comptait deux vétérinaires dans les années 70. En 2020, ce sont plus d’une dizaine de vétérinaires qui exercent, avec des spécialisations en élevage ou animaux de compagnie.

Installé à Chiché depuis 1992, Benoit Forestier est tombé dans la marmite quand il était petit, pendant ses vacances à la ferme familiale dans le Cotentin. Le vétérinaire qui soignait les vaches normandes de sa grand-mère le fascinait. « Au moment des vêlages, tout le village était là pour tirer sur le veau », se souvient-il. Également féru d’histoire, il conjugue lors de ses études ses deux passions dans sa thèse « Production fromagère et vie monastique à l’abbaye Notre-Dame de Timadeuc ». Il n’endossera finalement pas l’habit de moine, « au grand bonheur de ma future femme ».

Un partenaire de l’éleveur

« Le troupeau de Prim’hols-teins de l’abbaye Notre-Dame de Timadeuc (Morbihan) était du haut de gamme pour l’époque », se rappelle Benoit Forestier, avec une production de 500 000 litres par an. Depuis, les élevages se sont agrandis, les productions intensifiées et les normes en termes d’hygiène, d’environnement et de biosécurité ont été améliorées. Le suivi des reproductions, les bilans parasitaires et d’autres nombreuses opérations se programment sur rendez-vous afin d’optimiser le temps de l’éleveur. Même les après-midi de repos sont programmées, afin de gérer la fatigue.

Le vétérinaire rural observe que les éleveurs font moins de nuit blanche qu’il y a trente ans, grâce aux systèmes de surveillance connectés. Ils sont de mieux en mieux formés, le niveau technique et sanitaire s’est aussi amélioré. Le professionnel en santé animale préfère se considérer comme partenaire de l’élevage et surtout pas comme une charge. « Les frais vétérinaires ne doivent pas mettre les éleveurs en difficulté », assure-t-il.

Développement des médecines alternatives

Pour Benoit Forestier, le plan Ecoantibio (2012-2017) a marqué un tournant. Une première phase « répressive », avec l’interdiction des remises commerciales sur les antibiotiques, a permis de réduire leur recours de 39 % en six ans. Aujourd’hui, la seconde phase du plan facilite l’accompagnement de projets en médecines alternatives. Pour développer ces nouvelles pratiques, le vétérinaire de Chiché compte sur les jeunes qui rejoignent son équipe. L’un d’eux, diplômé de la faculté de pharmacie de Rennes en aromathérapie, utilise des huiles essentielles pour les chèvres afin de limiter le taux cellulaire au tank et confectionne des pommades antalgiques pour l’écornage.

Le cabinet cherche à innover et développe des projets transversaux, comme Connect Ovin, en partenariat avec le lycée des Sicaudières à Bressuire. Il consiste à intégrer dans la bergerie un boîtier de monitoring, fourni par la société Copeeks. L’idée est de prévenir les problèmes respiratoires qui sont parmi les premières causes de saisie et de déclassement des carcasses d’agneaux en abattoir.« On suit cette évolution de près », assure Benoit Forestier, en s’appuyant sur les compétences des jeunes qui, il l’espère, seront les vétérinaires de demain en Deux-Sèvres.

"Une période un peu étrange"

Depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19, la tension est palpable à la clinique vétérinaire. Les urgences et le suivi des animaux malades sont assurés, mais les opérations demandant une participation de l’éleveur sont reportées à mai, comme les prophylaxies pour les chèvres et brebis. Le cabinet vétérinaire est, lui, fermé jusqu’au déconfinement, sauf pour les urgences.« On vit une période un peu étrange », avoue Benoit Forestier. Pourtant, ce professionnel de santé animale a connu d’autres épidémies, notamment la fièvre aphteuse en 2001, qui avait provoqué le confinement des élevages. « L’ambiance était stressante », témoigne le vétérinaire, mais aujourd’hui, ce sont les hommes qui sont touchés. « Les éleveurs sont encore plus seuls qu’avant », remarque-t-il. Dans sa famille, il est celui qui sort le plus, avec « la trouille de contaminer mes proches ». Il se veut vigilant, avec une réserve de masques et gel hydroalcoolique dans la voiture, sans tomber dans la paranoïa.

 

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