Après la sécheresse, ajuster l'alimentation et les effectifs
Face au manque de fourrage, les éleveurs devront anticiper et trouver un compromis entre l'achat d'une partie des fourrages, la baisse de production laitière et la réduction des effectifs.
Après la sécheresse et le déficit fourrager associé, l'enjeu est de rapidement mesurer ce qui reste disponible et d'adapter les besoins du troupeau. Pour Julien Jurquet, du service productions laitières de l'Institut de l'élevage, la première étape consiste à établir un bilan fourrager aussi précis que possible, afin d'éviter de découvrir trop tard que les stocks ne permettront pas de tenir jusqu'au retour de la pousse.
Compter les ressources et les convives à table
" Le bilan fourrager va permettre de savoir ce qu'on a à donner à manger aux animaux ", rappelle Julien Jurquet. Après cette sécheresse historique qui a grillé la France, l'exercice mérite d'être particulièrement rigoureux. Il faut évaluer les stocks réellement disponibles en comptant les bottes et cubant les silos mais aussi en analysant les taux de matière sèche que l'on ne connaît pas bien suite à cette météo inédite. " Après avoir évalué les fourrages disponibles, il faut compter les convives à table ", complète Julien Jurquet. Tous les animaux présents sur l'exploitation doivent être pris en compte, avec leurs besoins respectifs.
Trouver du fourrage à l'extérieur
Lorsque le déficit reste modéré, on peut chercher à acheter des fourrages à l'extérieur, notamment de la paille ou du maïs auprès de céréaliers. Mais, avec cette sécheresse généralisée, les fourrages disponibles sont aussi rares que coûteux. Autres pistes : chercher des coproduits des industries agroalimentaires ou exploiter au maximum les ressources susceptibles de repousser rapidement avec des précipitations. Les prairies mais aussi le colza fourrager ou le raygrass italien peuvent encore produire du fourrage en fin d'automne ou en début d'hiver.
Réduire le nombre de bouches à nourrir
" Si le bilan fourrager révèle un déficit plus important, il faut se poser la question de voir des animaux dont on peut se passer ", explique Julien Jurquet. La première cible est constituée par les vaches en fin de lactation prévues pour la réforme. On pourra aussi se séparer des génisses non essentielles ou qui constituaient une marge de sécurité. " Une génisse laitière consomme cinq à sept tonnes de matière sèche de la naissance au vêlage, calcule l'expert de l'Institut de l'élevage. Ce n'est pas négligeable. " La décision de se séparer de génisses n'est cependant pas anodine puisque cela fera vieillir davantage le troupeau.
Réduire la production et anticiper au maximum
" Quand le manque de fourrage devient important, il faut abandonner l'idée de produire autant de lait que l'année d'avant ", estime Julien Jurquet. Mieux vaut alors ajuster les objectifs de production que de mettre en péril l'alimentation de tout le troupeau. La distribution du fourrage à volonté doit alors laisser la place à un rationnement plus serré et les éleveurs ont tout intérêt à peser régulièrement les quantités distribuées.
Dans les situations les plus tendues, la décapitalisation constitue une solution exceptionnelle de dernier recours. Face à cette pénurie préoccupante de fourrage, Julien Jurquet insiste sur l'anticipation. Plus les décisions sont prises tôt, plus les possibilités sont nombreuses et moins les mesures sont brutales. À l'inverse, attendre que les stocks soient presque épuisés réduit fortement la marge de manœuvre de l'éleveur.
Damien Hardy