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Apprendre à observer ses cultures

Chaque semaine, un Bulletin de Santé du végétal grandes cultures est diffusé. Derrière les informations de terrains que les exploitants peuvent y retrouver, il y a notamment ce que constatent sur le terrain des observateurs. Ces agriculteurs et techniciens se sont retrouvés la semaine dernière au lycée de Venours pour approfondir leurs techniques d'observation.

Quand on voit des pucerons dans une parcelle, comment se rendre compte du nombre que cela représente ? "Il faut secouer 20 plants sur une feuille blanche, afin de faire tomber les pucerons dessus et les compter" explique Khalid Koubaiti. Cet inspecteur en santé du végétal au sein de Fredon Nouvelle-Aquitaine et animateur du BSV Grandes Cultures conseille de réaliser ce comptable en regroupant les plants par deux, et de diviser par 20 le total obtenu, afin d'avoir une moyenne par plant. C'est une des démonstrations qu'il a réalisées mercredi 29 avril aux participants d'un rencontre avec les observateurs du BSV grandes cultures. Parmi eux, des agriculteurs de Charente et des Deux-Sèvres, mais aussi des techniciens d'Arvalis et de Terres Inovia, ainsi que des élèves du lycée agricole de Venours, où se déroulait la demi-journée. "L'objectif, c'était de parler des observations réalisées cette dernière année, d'évoquer les faits marquants, et de voir comment on peut encore améliorer le travail réalisé ensemble". Car si ce BSV est avant tout une source d'information pour les personnes qui s'y abonnent (gratuitement), c'est aussi un travail collaboratif important.

Base de données collective

"Depuis 2010, les données que nous utilisons dans le BSV sont stockées, et peuvent donc être utilisées pour progresser ou pour la recherche." Une façon de permettre en effet d'améliorer les différents outils proposés en grandes cultures, par exemple dans la protection des végétaux. En participant à ces missions d'observation, les agriculteurs apprennent aussi à observer de façon plus efficace leurs parcelles. "C'est une année à pucerons!" lançait justement l'un d'entre eux en arrivant sur une parcelle de féverole, semée le 5 mars avec du Perceval, et actuellement au stade 10 feuilles, où effectivement, le comptage montrait la présence de 5 pucerons par pied. "Mais vous pouvez voir autre chose" tempère immédiatement Khalid Koubaiti.

À quelques centimètres des pucerons verts, il montre en effet plusieurs de ces insectes, immobiles, et de couleur beige. "Ce sont des pucerons momifiés" explique le spécialiste. "Ce sont des micro-abeilles ou des syrphes qui piquent les pucerons, pondent dedans, ce qui tue les pucerons". Autant dire que même si la parcelle observée ce même jour montrait une présence importante de pucerons, mieux valait donc ne pas paniquer. "On verra dans une semaine si la population de pucerons baisse". Un peu plus loin, sur un même plant, les participants ont d'ailleurs identifié des pucerons vivants, un puceron momifié, et une larve de syrphe tout juste éclose. Pour repérer la présence de tordeuses du pois, Khalid Koubaiti a aussi montré comment installer un piège. "Lorsque les boutons floraux sont en place, on installe une plaquette avec de la glu, qui va permettre de coller les insectes, et on ajoute des phéromones". Une semaine après, il faut ensuite revenir pour compter le nombre de ces papillons collés sur la plaquette. 

À noter que pour les Grands cultures, on compte une cinquantaine d'observateurs (dont 15 % d'agriculteurs), ce qui représente 150 à 220 parcelles surveillées. "On aimerait plus d'observateurs" confirme le technicien. D'autant plus que depuis 2023, et la mise en place du BSV2, le socle technique a été renforcé, et des données relatives à la biodiversité ont été ajoutées.

Les BSV en danger?

En Nouvelle-Aquitaine, 26 éditions du BSV existent, dans 6 filières: Grandes Cultures, Viticulture, Arboriculture, Légumes et Petits fruits, Horticulture-Pépinière, Jardins et espaces végétalisés non agricoles (JEVI). Ces bulletins de santé du végétal sont des documents techniques gratuits (sur inscription) qui sont gérés dans chaque région par la chambre régionale d'agriculture. "Ce sont de véritables outils d'aide à la décision pour les agriculteurs, par rapport aux risques des ravageurs" explique Laure Larrieu, chef du pôle transition agricole et innovation à la chambre régionale. S'ils sont coordonnés par la chambre, ces BSV sont animés par différents organismes, dont le Fredon, et font l'objet d'un financement par l'office français de la biodiversité, dans le cadre d'Ecophyto. "Avant 2024, nous avions une enveloppe, avec un taux différencié pour l'animation et l'observation". Depuis cette date, l'OFB a fait savoir qu'un seul taux, de 75% serait appliqué. "Ce qui signifie qu'il reste un autofinancement de 25% pour chacun des participants" explique Laure Larrieu, qui précise que l'enveloppe globale n'a, elle, pas bougé (mais il faudrait donc déclarer plus d'heures de travail pour toucher la même somme!). Face à cette évolution, le risque est donc de voir les opérateurs, comme le Fredon, abandonner la prise en charge de l'animation des BSV. En Nouvelle-Aquitaine, les BSV pomme-poire du Limousin, noix, tabac et pommes de terre ont déjà été arrêtés. "Avec ces nouvelles règles, nos actions ne s'équilibrent plus" confirme Denis Tauron. Le directeur de Fredon Nouvelle-Aquitaine se dit très inquiet sur sa capacité à maintenir ces BSV, et rappelle qu'ils sont disponibles gratuitement pour tous, à la fois pour les agriculteurs, mais aussi les entreprises qui vendent ensuite des conseils. "Nous ne vendons pas de services" ajoute-t-il pour rappeler que l'équilibre financier des Fredon est à l'euro près. 

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