Régional Limousin: tout l'art du jugement
Le concours régional (ex-Poitou-Charentes) de la race Limousine sera un autre temps fort des trois jours. Le samedi après-midi, plus d'une centaine de bêtes devraient y participer. Parmi les concurrents, Alexandre Humeau, éleveur expérimenté de Dienné (et papa de Oupette, la vache égérie du Salon de l'agriculture en 2025), habitué des rings, fera le déplacement avec une dizaine de bovins, jeunes et adultes.
Une participation qui revêt une dimension particulière car au-delà de sa place avec les autres compétiteurs, il exerce aussi la fonction de juge sur des concours de la race depuis 16 ans. Grâce à l'obtention de son agrément de pointeur dès ses études agricoles, l'éleveur a su maîtriser une observation méthodique de l'animal au fil des années. Un apprentissage qui lui est utile sur les rings mais aussi dans sa stabulation. "La formation de juge permet d'aller bien au-delà du simple 'cette vache est bien, celle-là ne l'est pas'. Il faut vraiment pointer poste par poste pour décrire précisément l'animal et surtout savoir justifier rigoureusement ses choix dans l'argumentation qu'on présente", explique-t-il.
Pendant un concours, le juge-éleveur passe au crible les critères fondamentaux du standard de la race comme le développement musculaire, le développement squelettique et les aptitudes fonctionnelles. Il note aussi la largeur de bassin (hanches, trochanters, ...) ainsi que l'épaisseur du dessus, zone clé où se situent les morceaux de viande les plus nobles comme la côte, l'entrecôte et le filet. Alexandre Humeau précise qu'il faut être aussi à la recherche d'une finesse d'os, qui garantit un rendement en carcasse optimal, d'une bonne profondeur de poitrine pour maximiser la capacité d'ingestion des fourrages grossiers, sans oublier l'expression la qualité de la mamelle mais aussi celle de la tête (un mufle assez large par exemple).
Cette capacité d'analyse nourrit le travail de sélection pour son propre cheptel. Tout en recherchant du volume, de la taille, de la longueur et de la masse musculaire, le producteur s'est aussi concentré sur le développement du gène sans corne. "Aujourd'hui, nous arrivons à obtenir des animaux sans cornes qui sont génétiquement aussi performants que les cornus", remarque-t-il. Une orientation qui permet d'anticiper d'éventuelles évolutions réglementaires sur l'ébourgeonnage des veaux, pense Alexandre Humeau. Pour l'éleveur, au-delà de la compétition, ce rassemblement régional "est une belle occasion de promouvoir notre métier et de discuter avec les consommateurs pour rappeler que nous produisons une viande de haute qualité. Il vaut mieux en manger un peu moins, mais en choisir de la bonne !"