Parler agriculture et écologie... en riant
Sur sa chaîne YouTube, suivie par plus de 205 000 personnes, Nicolas Meyrieux indique qu'il veut "changer le monde". Ce vidéaste de métier, agriculteur et humoriste est passé par Poitiers il y a quelques jours pour faire le lien entre agriculture et tourisme.
Vous êtes à la fois agriculteur et humoriste. Quel métier vous a mené à l'autre ?
J'ai travaillé pendant des années sur différents médias, sur le thème de l'écologie. Il y a 15 ans, j'étais la première personne à faire des vidéos sur l'écologie en France, sur YouTube. À force de voir les conséquences de l'homme sur la planète, et de creuser le sujet, j'ai compris que l'agriculture pouvait résoudre des choses. Et aborder l'écologie et l'agriculture de façon humoristique c'est intéressant.
Pourquoi ?
Car le rire est plus efficace. Faire rire, ça permet de faire baisser les défenses. On se souvient tous de nos professeurs marrants, car c'est lié à une émotion. Et quand on veut transmettre quelque chose, c'est important.
Quel type d'exploitation avez-vous ?
Je suis pépiniériste, dans les Landes. J'ai une collection de plus de 1 400 variétés d'arbres fruitiers qui semblent bien adaptées au climat actuel de mon territoire. Dans mon département, il n'y a presque plus de pêchers, car ils ont été décimés par la cloque. Je mène des travaux de recherche pour en trouver qui résistent à cette maladie ou aux évolutions du climat, car je pense que les arbres de façon générale et d'autant plus les fruitiers, sont importants dans l'évolution du climat.
Vous jouez actuellement votre 4e spectacle, un Farm Tour*. Avez-vous vu des évolutions depuis le premier ?
Oui, moi-même, j'avais une vision très citadine de l'agriculture, avec les méchants agriculteurs en conventionnels, et les gentils en bio... J'étais un Parisien ! Depuis, j'ai appris, et compris que ce n'est pas la réalité. Mon travail, justement, c'est ça. C'est donner la parole aux agriculteurs. Et je sais qu'il n'y en a plus qui ont des œillères. Des agriculteurs qui se disent "j'ai envie de mettre des produits partout", ça n'existe plus. Mais parfois, évoluer dans leurs pratiques, ça peut être compliqué, ou prendre du temps. Et quand on a des dettes, ça peut être impossible.
Quelle est votre analyse de l'agriculture française actuelle ?
Avant la 1re guerre mondiale, 50 % de la population travaillait dans l'agriculture. Aujourd'hui, c'est 2 %. Et il y a encore beaucoup de départs à la retraite à venir dans les prochaines années. Ce sont des agro-industriels, comme des chaînes de distribution qui risquent de racheter ces exploitations. Il y a de vraies incohérences des lois à ce sujet. Par exemple, l'hiver, on voit des tomates cerises dans les supermarchés. Elles viennent du Maroc et peuvent avoir été traitées avec une centaine de pesticides, dont la moitié est interdite en France. Et en France, les producteurs bio n'ont pas le droit de chauffer les serres pour produire des tomates, qui, elles, n'auraient pas de pesticides... Le monde agricole est loin de tout ça, et en est la première victime. En plus de la concurrence déloyale, il y a la dépendance au pétrole : GNR, engrais et pesticides. Il y a du travail à faire auprès des politiques.
Votre rapport à la terre a changé, avec votre installation, votre regard sur les territoires aussi ?
Oui. Moi qui ai vécu longtemps en ville, je ne portais pas plus d'attention que ça à la pluviométrie ou à la météo. Aujourd'hui, c'est une préoccupation de tous les jours. Quand j'achète un yaourt, ce que je vois, c'est les vaches, les prairies où elles se nourrissent, la traite faite à 5 h du matin par l'agriculteur...
Comment éviter que l'écologie ne soit vécue comme une contrainte ?
Il faut vivre l'écologie comme une expérience. Tout est dans l'humain, et dans l'émotion.
Vous êtes intervenu au lancement de la saison de l'office de tourisme de Grand Poitiers. Le tourisme peut-il être une manière de reconnecter les consommateurs au vivant ?
Si je reprends l'exemple du yaourt, on peut inciter à aller l'acheter chez le producteur, et pas en grande surface, pour que tout le monde ait bien en tête le travail que ça représente. Le principe de reconnexion est important. Le tourisme, ça permet de faire aimer les gens et les produits. Il faut que les gens apprennent à aimer leur territoire et ceux qu'ils visitent, et qu'ils ne soient pas de simples consommateurs. Dans mon exploitation, je n'ai pas de gîte ou de solution d'hébergement, mais je propose des visites. C'est aussi ça le tourisme. L'agriculture et le tourisme sont intimement liés. Plus on connaît un endroit, plus on l'aime, et plus on a envie de le protéger. Et du côté des agriculteurs, au fil des Farm Tour* que je propose depuis 4 ans, je remarque que celles qui s'en sortent, c'est celles qui sont diversifiées. Le tourisme fait partie de ces diversifications.