Oliviers : une diversification adaptée à la Vienne ?
Après une intervention lors du forum des opportunités qui avait suscité l'intérêt de plusieurs agriculteurs, la chambre d'agriculture a invité il y a quelques jours l'association interprofessionnelle Olives Avenir à détailler les possibilités de culture d'olives. Une quarantaine d'agriculteurs du département ont fait le déplacement.
Il y a le changement climatique, qui complique certaines cultures en France, et semble en rendre possible d'autres, comme celle de l'olive. Il y a aussi un accord entre la France et le Maroc, dans lequel la filière olive est entrée. Il y a encore une progression de la consommation mondiale d'huile d'olive (avec l'arrivée de l'Inde et de la Chine dans les pays qui en achètent) ; et le ralentissement de la production mondiale (due en partie à des vergers vieillissants en Espagne). "Et le vrai moteur, c'est la crise actuelle, avec des agriculteurs qui se disent qu'ils doivent sortir de la monoculture" explique Yannick Masmondet, qui commente l'intérêt que suscite actuellement la plantation d'oliviers chez les agriculteurs français. Cet ancien viticulteur en Gironde connaît bien cette culture, pour avoir travaillé dans une oliveraie au Maroc, et avoir lui-même planté des oliviers en 2023, en créant Oil'Ive Green. "On a vite compris qu'il fallait créer une filière" ajoute Thierry Laplaige-Taurines, céréalier en Haute-Garonne qui a lui aussi planté des oliviers, pour diversifier son activité.
Une filière en création
Depuis, Olives Avenir est née. Cette association interprofessionnelle (en phase de reconnaissance) regroupe aujourd'hui une centaine d'adhérents. Yanninck Masmondet et Thierry Laplaige-Taurines en sont le président et co-président. Et ils l'assurent : cultiver des oliviers, pour en faire de l'huile, c'est tout à fait possible dans la Vienne. "L'argilo-calcaire s'y prête bien. Ce qu'il faut, c'est éviter le sable et qu'il y ait plus de 30% d'argile" explique Yannick Masmondet. Pour une diversification, l'agriculteur n'avance pas de chiffre, mais pour une création d'un verger, seul, il faut selon lui un minimum de 15 ha (avec 1 500 pieds/ha). Après plantation, il estime qu'il faut attendre 3 ans avant une entrée en production, et une pleine production à 5 ans. Un rajeunissement est à prévoir au bout de 20 ans. Si les besoins en eau de cette culture existent, ils sont selon lui ponctuels, et n'imposent donc pas de mettre en place un système d'irrigation. En revanche, du matériel est à prévoir, pour la taille et la récolte. "C'est du matériel assez semblable à ce qu'utilisent les viticulteurs" explique-t-il. Vu la crise viticole actuelle, cette diversification peut donc être intéressante. Pour un céréalier pur, les investissements à prévoir en machinisme sont donc plus importants. Face aux différents ravageurs (cochenilles, mouche de l'olive ou maladie de l'œil de paon), il assure que des solutions existent, et surtout que des variétés résistantes sont en train d'être créées. Pour les agriculteurs, se lancer dans une production qu'on ne connaît pas du tout suscite forcément beaucoup de questions. L'interprofession propose justement de former ses adhérents (un technicien de la chambre d'agriculture de la Vienne va aussi être formé), mais aussi des prestations à la carte, selon les besoins de chacun. De l'analyse du sol à la transformation, en passant par la récolte ou l'entretien de l'oliveraie, tout est possible. "Nous avons par exemple deux moulins mobiles pour presser", qui comme les machines de ramassage, peuvent se rendre dans toute la moitié sud de la France, selon des interventions programmées par secteur.
À la carte
"On fournit un prévisionnel poste par poste" assure Yannick Masmondet, qui livre quelques chiffres repères : programme de plantation (analyse de sol, conseils techniques, plantations, plans et tuteurs, attachage de plants) : 7 405 €/ha ; entretien annuel de l'oliveraie : 2 535 €/ha ; revenu moyen net : 3100 €/ha.
Si chaque agriculteur peut décider de vendre en direct sa production (par exemple via des circuits courts qu'il utilise déjà pour d'autres productions), une commercialisation sous la marque "Olives Avenir" peut aussi être choisie. Niveau rentabilité, puisque la plus grande partie de l'huile d'olive est produite dans des pays où la main-d'œuvre est bien moins chère, impossible de ne pas se poser de question sur les coûts de production en France. "Actuellement, les coûts de production à l'hectolitre augmentent dans ces pays, et leur volume de production baisse. L'équilibre va se faire".
5 % de la consommation française produite sur le territoire
Actuellement la consommation d'huile d'olive en France est de 130 000 tonnes, dont 95 % sont importées. Le pays compte autour de 14 000 ha d'oliviers, la plupart autour du bassin méditerranéen. Olives Avenir estime que le potentiel de 100 000 ha de plantation pour le marché français est atteignable.
3 000 m2 à Champniers
À Champniers, Jacques Bordier a déjà planté des oliviers, il y a 3 ans. "Je voulais le faire depuis une dizaine d'années" explique cet agriculteur qui a découvert la culture d'oliviers lors de fréquents voyages professionnels en Espagne et Portugal. Son objectif est de faire lui-même de l'huile d'olive et de la vendre en direct. Sa parcelle de 3 000 m2 a cette année eu de très nombreuses fleurs, dès le printemps. "Mais elles ont grillé pendant la première canicule". Seules les fleurs qui sont apparues plus tard ont tenu le coup, et sa production d'olives ne sera donc pas très importante cette année. Elle sera récoltée dans quelques semaines. L'agriculteur estime qu'il ne faut pas regarder l'olive comme une culture miraculeuse, mais plutôt comme une possibilité de diversification d'une production agricole déjà existante. "L'investissement est important, et pour une longue durée. ce n'est pas comme un champ de blé, qu'on peut changer chaque année". Il décrit aussi des maladies, et l'importance de l'irrigation. Jacques Bordier entend tout de même planter une nouvelle parcelle, d'un hectare.