Les JA contrôlent les denrées alimentaires
Lundi, les Jeunes Agriculteurs de la Vienne ont mené une opération impressionnante de contrôles des denrées alimentaires. La plupart des poids lourds arrivant à Poitiers par la nationale 10 ont été contrôlés. Des salades, pizzas, pâtes et plats transformés dont l'origine n'est pas française ont été prélevés et sont en cours d'analyse, pour vérifier si des molécules interdites en France ne s'y retrouvent pas.
Benjamin Aucher l'assure: si des produits qui ne respectent pas les exigences françaises de production en France sont importés dans l'hexagone pour y être consommés, il ne voit pas pourquoi il respecterait ces normes. Le coprésident des Jeunes Agriculteurs de la Vienne pense évidemment aux viandes qui pourraient être importées avec l'accord du Mercosur, mais aussi aux autres productions alimentaires qui entrent déjà dans le territoire. "Nous avons mandaté un laboratoire pour vérifier que ces produits ne contiennent pas d'antibiotiques, d'hormones de croissance, ou certains pesticides interdits en France". Pour obtenir ces produits, les JA de la Vienne ont donc investi la nationale 10, dès lundi matin. Un axe très fréquenté par les poids lourds, sur lequel les quelque 40 agriculteurs présents (avec 26 tracteurs, et de nombreuses remorques chargées) n'ont eu aucune difficulté à identifier des poids lourds étrangers venant livrer en France, ou des camions Français, transportant des denrées étrangères. Une action menée à l'initiative de JA Nouvelle-Aquitaine. "On va nous faire croire que des clauses miroirs vont être mises en place, mais on a de sérieux doutes" explique Clément Courteix, président de JA Nouvelle-Aquitaine. Les pâtes, framboises, œufs liquides, pizzas, buns, mais aussi salades étrangères trouvées dans la Vienne sont partis dès mardi à l'analyse, et les résultats devraient être connus en fin de semaine ou semaine prochaine. Même si ces opérations ont évidemment provoqué des embouteillages importants, notamment pour les chauffeurs de poids lourds, ces professionnels semblent compréhensifs. "Maintenant que tu m'as expliqué la situation, je comprends!" dit l'un d'eux avant de repartir. En début d'après midi, les Jeunes Agriculteurs venus des cantons de Chauvigny, Montmorillon, Vouillé, Loudun, Vivonne et la Villedieu-du-Clain, ont rejoint la DDT de la Vienne.
Non aux contrôles
"Il nous a plus écoutés qu'entendus!" regrette Benjamin Aucher en ressortant de l'administration, où il a été reçu avec Valentin Pinault et Fabien Pichon. Les agriculteurs sont venus demander un arrêt des contrôles. "On nous a dit qu'en suspendant les contrôles, on ne peut pas nous garantir que les aides Pac, qui sont parfois conditionnées, allaient être versées. Vu les conditions actuelles, on ne peut pas imaginer ne plus toucher ces aides" reconnaît l'agriculteur. "Ce n'est pas entre les mains de la DDT, mais la France doit négocier avec l'Europe pour que les aides soient payées, y compris en l'absence de contrôle". Après avoir déversé une benne de déchets, mais aussi une partie des salades espagnoles saisies plus tôt, les Jeunes Agriculteurs ont ensuite rejoint l'OFB, où des déchets ont été bennés, mais aussi Vienne Nature. Après une brève discussion avec plusieurs bénévoles de l'association, d'autres salades espagnoles ont été laissées devant les locaux, à Biard. "À force de dénigrer l'agriculture française, on a de plus en plus de produits étrangers. Il ne faut pas rêver, on importera tout ce qu'on ne peut plus produire en France" estime Benjamin Aucher.
Des graines qui restent en travers de la gorge
Parmi les autres contrôles menés en région, il y a notamment eu ceux réalisés à Périgny par les Jeunes Agriculteurs de Charente-Maritime. Les agriculteurs ont notamment intercepté une cargaison de 18 tonnes de graines de courges bio de Chine, qui était destinée à une entreprise justement installée dans cette zone économique, Léa Nature. "Sur ce qu'on a trouvé ce matin, rien n'était français", assure Kévin Dumont, président des JA 17. "Nous avons des producteurs bios qui sont avec nous et ne veulent pas entendre cela. Sur les graines de chia, par exemple, nous avons un agriculteur bio qui en fait sur son exploitation et qui ne trouve pas de débouchés..." Pour l'entreprise, les dégâts ne se limitent pas aux bennes de compost versées ce même jour pour bloquer les entrées. Les images des sachets de graines et de leurs étiquettes se sont répandues sur les réseaux sociaux. Une communication très négative pour l'image de la marque qui a forcé Léa Nature à organiser en urgence, dès le 13 janvier, une rencontre que les producteurs attendaient depuis plusieurs mois. Le fondateur de l'entreprise, Charles Kloboukoff, a défendu la stratégie menée face aux agriculteurs bio et non-bio présents. "En face, certains agriculteurs disaient qu'ils étaient capables de fournir Léa Nature sur des produits pour lesquels l'entreprise va s'approvisionner au bout du monde, et qu'ils avaient des stocks sur les bras et n'arrivaient pas à les écouler", résume Jérôme Brisset, secrétaire général de la FNSEA 17, qui a assisté à l'échange. Outre l'approvisionnement en lui-même, la question de l'étiquetage des produits et de leur manque de transparence sur les origines des ingrédients a fait réagir. "À partir du moment où plus de 50 % des produits sont origine France, ils se permettent de mettre le drapeau français. Pour nous, c'est une tromperie du consommateur qui pense acheter un produit uniquement français alors que ce n'est pas du tout le cas", souligne Jérôme Brisset. "Ils ont également été attaqués sur leur partie vrac, qu'ils ont développé pour être plus compétitifs et faire du bio à moindre coût. Le débat a été assez ardu. D'un côté, les producteurs pensent que si les consommateurs veulent du bio, ils doivent y mettre le prix mais être certains en contrepartie des origines et de la qualité du produit. De l'autre, Léa Nature défendait plutôt un bio 'low cost' venant d'ailleurs pour que tout le monde y ait accès."
En région
Outre les nombreuses actions de contrôles des JA (lire l'encadré sur les opérations en Charente-Maritime), d'autres mobilisations ont eu lieu en Nouvelle-Aquitaine, en Corrèze, Gironde, Creuse, Landes, Pyrénées Atlantiques et Dordogne. La Coordination Rurale des Deux-Sèvres bloque depuis lundi la nationale 10 à hauteur de Maisons Blanches. En Charente, des agriculteurs non syndiqués du département, mais aussi de la Vienne et des Deux-Sèvres ont bloqué vendredi 9 janvier la nationale 10 à hauteur de Ruffec. Le blocage s'est poursuivi jusqu'à dimanche midi, après une rencontre avec le préfet. La FNSEA du département a allumé des "feux de la colère" à Angoulême, mardi.