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Les agriculteurs bio interpellent le préfet

Réunis sur l'exploitation laitière de Christophe Ouvrard à Thurageau, les adhérents de Vienne Agrobio ont exposé la semaine dernière au préfet de la Vienne, Charles Giusti, les paradoxes d'une filière respectueuse de l'environnement, mais fragilisée par une répartition inéquitable de la valeur.

Les aides publiques, comme l'Aide au maintien, sont perçues comme une juste reconnaissance de l'AB pour la préservation de la biodiversité et de la qualité de l'eau potable.
Les aides publiques, comme l'Aide au maintien, sont perçues comme une juste reconnaissance de l'AB pour la préservation de la biodiversité et de la qualité de l'eau potable.
© Guillaume de Werbier

Face au préfet de la Vienne, Charles Giusti, les producteurs de Vienne Agrobio, n'ont pas mâché leurs mots. Au cœur des discussions, le sentiment d'un désengagement de l'État alors que l'agriculture biologique répond pourtant aux objectifs de santé et de préservation des ressources demandées par les politiques publiques.

L'éternel chantier de la loi Egalim

Le constat des agriculteurs est amer. Malgré les objectifs de 20 % de produits bio fixés par la loi Egalim, ce taux dans la Vienne plafonne à peine à 9 % dans les collèges, indique Damien Savoyant, co-président de Vienne Agrobio. " La loi n'est pas respectée ", déplore le producteur de Doussay, réfutant l'argument du manque de volume, un temps invoqué. Entre 2016 et 2019, la filière a même connu une surproduction sans que la restauration collective ne s'en saisisse davantage, déplore Damien Savoyant. Pourtant, des solutions existent. Vienne Agrobio organise chaque année le " Rallye bio territoires " pour sensibiliser les élus locaux. Les agriculteurs soulignent que manger bio n'est pas forcément plus cher si l'on adapte les menus aux saisons et si l'on forme les cuisiniers.

Etienne Franchineau, l'autre coprésident, cite aussi le travail de structures comme " Nourrir l'Avenir " qui accompagne la transition vers une restauration collective bio, locale et faite maison. Charles Giusti a annoncé une réunion de travail le 14 septembre prochain afin de mobiliser les acteurs locaux sur ce sujet.

Répartition de la valeur contestée

Un autre point de tension majeur concerne la répartition de la valeur. Les agriculteurs bio pointent du doigt les marges excessives de la grande distribution.

Ils s'insurgent de ne pouvoir se dégager qu'une rémunération proche du Smic pour 70 à 80 heures de travail hebdomadaire. Ils soulignent aussi  que " l'État doit intervenir pour rééquilibrer les forces" entre une multitude de producteurs et un petit nombre d'industriels ou de distributeurs. "Sans cette intervention, on n'a aucun pouvoir de négociation réel".

Les exploitants verraient d'un bon œil que l'État agisse pour que, sur le prix d'un produit, la part revenant à l'agriculteur augmente, sans toucher au prix final, mais en prélevant cette valeur sur les marges jugées excessives des intermédiaires.

L'arbitrage de la valeur passe aussi par la reconnaissance financière des services rendus à la société qui ne sont pas payés par le marché, poursuit Damien Savoyant.

Enfin, les agriculteurs réclament une pérennisation des aides, notamment l'aide au maintien, qui selon eux tendent à être rognées.

Pour eux, "les externalités positives" de l'agriculture biologique, comme la qualité de l'eau potable, la santé des populations et la biodiversité, justifient le soutien des aides publiques.  "Les externalités de la bio sont bénéfiques à tout le monde ", rappelle Alexis Mehl, agriculteur à Senillé-Saint-Sauveur, soulignant que l'absence de pesticides est la seule solution pérenne pour la potabilité de l'eau.

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