Le 17 octobre, vu du rural
Si c'est dans les villes importantes que les mobilisations du 17 octobre ont dérapé, les ruraux se sentent aussi concernés.
À l'invitation de l'association des maires de France, de nombreuses municipalités organisaient ce lundi midi une mobilisation. C'était le cas notamment à Coulonges-les-Hérolles, où le maire, Jean-Charles Varescon, accompagné de plusieurs élus, a aussi vu se mobiliser plusieurs habitants de la commune. "On est venus soutenir notre maire, nos élus, nos institutions" expliquent ces derniers, qui évoquent l'incendie de la mairie de Limoges. "À nous de réagir, et dans le bon sens !". De son côté, le maire explique que "les revendications de cette mobilisation, on ne les comprend pas. Les problèmes évoqués par les lycéens, on peut les résoudre, sans en arriver là. J'ai l'impression que c'est un prétexte, et de la manipulation politique". L'élu affirme ressentir des craintes encore plus importantes pour l'avenir parmi ses administrés depuis ces derniers jours. "Durant le week-end, ce qui a été cassé, ça représente autant que ce qui a été donné aux agriculteurs suite à la sécheresse" s'indigne Jean-Marc Guillot, éleveur et élu dans la commune.
Du côté des lycéens, on regrette évidemment les pillages et dégâts de samedi. "Ça occulte nos messages, et ça dessert la cause" estime Arsène Rohmer. Élève en terminale au lycée André Theuriet de Civray, il s'est mobilisé dans son établissement à plusieurs reprises. "Nous avons fait trois blocus". Des mobilisations sans violence, qui ont apporté quelques avancées. "Nous avons maintenant un professeur de physique chimie. J'ai eu mon premier cours de cette matière depuis le début de l'année". Mais les problèmes ne sont pas tous résolus, notamment ceux qui concernent l'état du bâtiment. "Je ne dirais pas qu'il est insalubre, mais il ne nous permet pas de suivre les cours dans de bonnes conditions". S'il n'a pas pu se rendre aux mobilisations du 17 octobre, il entend bien y aller ce samedi, en prenant la précaution de rester uniquement avec ses connaissances sur place, et n'a pas l'impression que les dérapages de samedi dernier vont démotiver les lycéens. "On se sent seulement entendus par nos enseignants" explique-t-il. Lui qui doit passer le Bac en juin prochain, ne se dit pas spécialement inquiet pour cet examen. "Ce qui m'inquiète, c'est Parcoursup. Je pense qu'en étant élève à la campagne, on est moins bien servis, par rapport à nos vœux, qu'en ville". Sa sœur, qui étudie, elle, à Poitiers ressent aussi une forme d'abandon. "En ville, ils ont vécu des affrontements avec la police. L'impression, c'est donc qu'on veut les faire taire". Des ressentis forcément très différents en milieu urbain et dans les lycées ruraux, qui semblent partager un même sentiment de non-écoute.
Les réactions
Le préfet de la Vienne a été le premier à réagir aux actions du 17 octobre. Il a rappelé que la plupart des regroupements et cortèges de Poitiers étaient "illégaux, car nos déclarés", et a condamné "ces actes délinquants, ainsi que les manifestants irresponsables qui ont fait courir à eux-mêmes, aux forces de police et aux autres manifestants, des risques de blessure par l'utilisation de mortiers, de projectiles divers et de moyens incendiaires". Anthony Brottier, le maire de Poitiers regrette que "ce qui devait être une journée de protestation" se soit transformé "en une journée de violences inacceptables." L'élu rappelle que "la liberté de manifester est un droit fondamental. (...) Mais cette liberté ne saurait justifier les pillages, les dégradations ou les attaques contre les biens et les institutions". Lundi, suite à l'appel à mobilisation de l'association des maires de France, il organisait un regroupement à 18 h, devant sa mairie. Son discours a été largement perturbé par des cris des personnes présentes. Suite à des "messages à caractère raciste publiés sur les réseaux sociaux à l'encontre de membres de l'équipe municipale", l'élu a de nouveau réagi et annoncé un dépôt de plainte. Alain Rousset, président de la Région estime que "rien ne saurait justifier le recours à la violence. (...) Le message de la jeunesse, notamment, ne doit pas être terni par la lâcheté des casseurs". Et d'insister sur la nécessité que "toute contestation se déroule de façon démocratique et dans le respect des personnes et des biens d'autrui." Cyril Cibert, maire de Chenevelles, président de Grand Châtellerault et de l'association des maires ruraux de la Vienne, a relayé l'appel lancé par l'AMF à se mobiliser le lundi 19 octobre à midi. "Dans nos communes rurales, la marie est bien plus qu'un bâtiment administratif : elle est le cœur battant de la République, le symbole vivant du bien commun, du dialogue et du vivre ensemble. (...) Face à la montée des violences et des incivilités, nos villages refusent et nos campagnes refusent la résignation." Pierre-Marie Moreau, président de la CCI Vienne rappelle que "derrière chaque vitrine, il y a des femmes et des hommes qui travaillent, des emplois, des investissements et des années d'effort." Le chef d'entreprise remercie "les forces de l'ordre pour leur courage et leur intervention, qui a permis de protéger plusieurs commerces. Notre priorité est désormais d'aider les entreprises touchées à faire face et à reprendre leur activité au plus vite".
Bilan dans la Vienne
Dans le département de la Vienne, des manifestations ont eu lieu principalement à Poitiers et à Châtellerault, et ont regroupé plus de 6 000 personnes. La journée du 17 octobre s'est soldée par 8 interpellations : 3 pour violences directes sur les représentants des forces de l'ordre et 5 pour pillages. Deux magasins de Poitiers ont été pillés : Sephora et Foot Locker, et des dégradations sont à signaler dans le centre-ville (poubelles incendiées, tags). 8 tirs de lanceur de balles de défense (LBD) ont été comptabilisés par la Préfecture.