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La conduite alimentaire du troupeau laitier cet hiver

La forte baisse du prix du lait depuis le début de l'année 2015 a mis à mal les trésoreries dans de nombreuses exploitations. Cela conduit les éleveurs à s'interroger sur les stratégies à adopter l'hiver prochain.

© Re?ussir M. PORTIER

Pour définir une stratégie cohérente, il faut au préalable faire le point sur la situation actuelle en termes de volumes à produire, de disponibilités de vaches productrices et de renouvellement, de fourrages, de capacités de logement et de  trésorerie.
De manière générale, sur l'hiver 2015/2016, l'effectif de vaches laitières présentes dans les élevages est plutôt élevé (5 à 10 % de VL supplémentaires). La disponibilité en fourrage est variable mais globalement les rendements en maïs sont moins décevants que pouvait le laisser penser la période de déficit hydrique de juillet.

Guider son choix de conduite alimentaire
Cinq stratégies de rationnement (type ration complète) sont comparées. Ces rations sont appliquées sur une exploitation avec 550 000 l de lait, 65 VL à 8 500 l/VL/an.
D'octobre à mars (sur 180 jours), l'exploitation produit habituellement 330 000 l.
Dans chaque cas, les fourrages sont composés de trois quarts de maïs ensilage et un quart d'ensilage d'herbe de qualité moyenne (respectivement : 0,92 UFL et 0,99 UEL pour le maïs et 0,80 UFL et 11 % de MAT pour l'ensilage d'herbe).
La situation centrale (optimisée) correspond à l'équilibre de ces fourrages à 100 g de PDI/UFL. Cet équilibre est obtenu par l'apport de 4 kg brut d'un correcteur azoté (½ soja et ½ colza) à 350 EUR/t. Le lait permis est de 28 l / VL / j.
Pour augmenter la productivité des VL, les rations « sécurisées » et « généreuses » s'appuient sur une complémentation en concentré de production. Chaque kilo de concentré supplémentaire va s'accompagner d'un phénomène de substitution fourrage/concentré. Au final, les réponses en lait retenues peuvent être relativement faibles (? 0,7 l de lait / kg de concentré). A contrario, les rations « économes » et « réductrices » correspondent à des réductions des apports protéiques. Les densités respectivement de 93 g de PDI/UF et 88 g de PDI/ UF sont obtenues par le retrait de 1,25 kg de correcteur dans chaque cas.

Éviter les situations extrêmes
Une stratégie de forte réduction des apports conduit à pénaliser la productivité des VL. Le nombre de VL nécessaires pour maintenir la production devient très conséquent. À l'inverse, une distribution très généreuse de concentrés conduit à augmenter très fortement le coût de concentré (+ 20 EUR/1 000 l par rapport à la situation optimisée) sans baisser de façon significative le nombre de vaches. Ces deux situations extrêmes sont à éviter.
Les stratégies « sécurisée » et « économe » sont comparées à la stratégie optimisée. L'élevage détient début octobre un léger sureffectif (70 VL). Pour l'hiver :
- Avec la ration économe, les 70 VL sont conservées ;
- Avec la ration optimisée, 65 VL sont conservées ;
- Avec la ration sécurisée, 62 VL sont conservées .
Il s'avère qu'avec la stratégie sécurisée, les accroissements de produit ne couvrent pas les dépenses supplémentaires de concentré. De plus, ce bilan pourrait se dégrader si la recapitalisation en cheptel se fait par achat en début de campagne suivante.
Avec une stratégie économe, la réduction des charges de concentrés peut ne pas couvrir les consommations de fourrage supplémentaires et la perte de valorisation sur les VL (différentiel entre le prix de ventes actuel et celui de la fin de campagne). Cette stratégie entraînerait aussi une cinquantaine d'heures de travail supplémentaires sur l'hiver. De plus, en immobilisant 5 VL supplémentaires, l'impact immédiat sur la trésorerie est de - 5 500 EUR (courbe rouge).
Dans une situation de volume laitier non limité, ai-je intérêt à produire du volume supplémentaire à un prix différencié ?
L'augmentation de la densité protéique par une utilisation de correcteur azoté au-dessus du repère de 100 g de PDI/UFL est coûteuse. L'intérêt du concentré de production est variable suivant la réponse en lait et son prix. Pour qu'un kilo de concentré soit rentable, il faut une réponse de minimum + 0,7 l/VL/j pour un prix du concentré de 240 EUR/t.
Le maintien des VL, avec un prix des réformes stable sur la période, est rentable si les VL conservées produisent plus de 18 l /j. Il est à noter que ce levier entraînera une cinquantaine d'heures de travail supplémentaires sur l'hiver et une immobilisation de trésorerie plus conséquente (5 000 à 6 000 EUR en début d'hiver). En cas de fourrage limitant, une compensation de ce fourrage par achat entraînera un surcoût de l'ordre de 15 à 20 EUR/1 000 l.

A lire un dossier de 7 pages dans Agri 79

 

Une stratégie en trois points
Quelle que soit la situation, éviter les situations extrêmes qui vont pénaliser trop fortement la productivité des VL ou au contraire vont entraîner une dépense trop importante en aliment ;
- Rechercher l'optimum zootechnique avec une densité protéique dans la ration de 100 g de PDI/UFL (soit 4 kg de correcteurs pour une ration 3/4 maïs - 1/4 herbe) ;
- Conserver des VL supplémentaires peut permettre d'accroître ses livraisons de manière substantielle mais entraîne une immobilisation de trésorerie importante. L'intérêt du levier concentré de production est aléatoire avec une rentabilité très liée à l'efficacité de ce concentré.

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