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Filières
Des démarches positives pour les agriculteurs et les consommateurs

Dans un contexte de crise touchant l'ensemble des productions agricoles, la mise en place de filières avec des partenariats apparaît comme un des leviers de revalorisation du métier d'agriculteur, tout en étant moteur dans l'amélioration du système alimentaire.

Animée par Flavie Tiret (ALCO - Association des laiteries), la table ronde rassemblait Nathalie Kerhoas, (Bleu-Blanc-Cœur), Thibault Proust, Thierry Villelegier (Terrena), Luc Gauduchon (Léa Nature) et Virginie Faure (Resan).
Animée par Flavie Tiret (ALCO - Association des laiteries), la table ronde rassemblait Nathalie Kerhoas, (Bleu-Blanc-Cœur), Thibault Proust, Thierry Villelegier (Terrena), Luc Gauduchon (Léa Nature) et Virginie Faure (Resan).
© Kévin Brancaleoni

Améliorer la qualité des produits agroalimentaires et la rémunération des producteurs agricoles n'a rien de simple. Si le bio et les circuits courts apparaissent à certains comme des voies à suivre, la réalité de la consommation des ménages ne tarde jamais à se rappeler aux plus ambitieux en la matière. En France, la vente directe reste très minoritaire face aux grandes et moyennes surfaces et à la restauration hors domicile ; quant à la filière bio, elle continue d'être limitée à 5,7 % des achats de nourriture des ménages, selon les derniers chiffres d'Agreste (ministère de l'Agriculture).

Pour agir positivement sur l'évolution des systèmes alimentaires, il reste donc indispensable de travailler sur des démarches de grande échelle accessibles à un public aussi large que possible. Quatre d'entre elles étaient présentées mi-juin lors d'une table ronde organisée dans le cadre des Journées Aliments et Santé, à La Rochelle.

Bleu-Blanc-Cœur

Une démarche qui mise sur l'accessibilité au plus grand nombre

Travaillant autour de l'alimentation des troupeaux en aliments riches en Oméga 3, tels que le lin, la luzerne ou la féverole, l'association Bleu-Blanc-Cœur existe depuis 26 ans. Elle fédère aujourd'hui environ 7000 éleveurs et 900 entreprises (coopératives, marques, distributeurs...), a été validée par les Nations Unies et reconnue dans le cadre d'Egalim. Mais elle rassemble également un très grand nombre de consommateurs ; la « massification », « l'accessibilité au plus grand nombre des produits issus de la démarche », est avec la qualité nutritionnelle et sanitaire et la performance environnementale l'un des objectifs de Bleu-Blanc-Cœur. Et cela fonctionne : les produits siglés du logo tricolore se retrouvent dans les étals de nombreux magasins français, mais aussi dans les restaurants scolaires ou les rations militaires, de la viande aux œufs en passant par le pain et les produits laitiers. 

Pour sa présidente, Nathalie Kerhoas, la capacité de la marque à faire valoir son intérêt nutritionnel a été l'un des arguments-clés de sa réussite. « Cette boussole nutrition et santé est un outil de transformation agroécologique, de valorisation du travail des filières, des agriculteurs et des éleveurs, qui touche et sensibilise le consommateur. » Selon elle, aux côtés du prix, le plaisir et la santé sont les deux leviers motivant les achats alimentaires aujourd'hui. « C'est pour cela que nous nous sommes construits sur ce bénéfice individuel santé et que nous pilotons derrière un certain nombre de bénéfices collatéraux. »

La Nouvelle Agriculture

La « marque des agriculteurs », « success story » de Terrena

La Nouvelle Agriculture a été créée par la coopérative Terrena au terme d'une réflexion engagée suite au Grenelle de l'Environnement. Cette marque est aujourd'hui une « success story » selon les mots de son directeur, responsable des partenariats commerciaux, Thierry Villelégier. Un travail de longue haleine, en réflexion avec les adhérents, a initialement été mené : « il en est sorti une volonté assez forte de se lancer dans une agriculture différenciée, de faire évoluer les pratiques agricoles et d'amener aux consommateurs des produits sains et bons ». Une phase de recherche et développement a été menée pour réduire les intrants, tant dans les cultures pour l'alimentation animale que chez les animaux eux-mêmes (en visant le sans antibiotiques). Le travail a d'ailleurs été mené avec les équipes de Bleu Blanc Cœur... Même si cela n'a pas été simple : « quand on a mis du lin dans l'alimentation des poulets, au début, on sortait des poulets qui avaient le goût de poisson ! » Autre défi : l'amélioration du bien-être animal, qui s'est notamment traduit par le passage à des élevages dotés de lumière naturelle. « C'est très bien pour le bien-être des animaux, mais aussi pour le nôtre, celui des éleveurs », explique Thibault Proust, producteur de volailles en Deux-Sèvres et administrateur de la coopérative.

Pour amener ces produits jusqu'aux consommateurs, Terrena a d'abord travaillé avec Système U pour proposer un premier produit - le lapin - dès 2012. La coopérative a ensuite lancé « La Nouvelle Agriculture » afin d'assurer que la rémunération revienne bien jusqu'aux producteurs. Aujourd'hui, « la marque des agriculteurs » affiche un chiffre d'affaires de 123 millions d'euros (M€) sur 2025 et vise un objectif de 300 M€, grâce à sa présence sur la plupart des produits animaux (ainsi qu'en farine chez les boulangers). Parmi les succès, les œufs : « entre 2018 et aujourd'hui, La Nouvelle Agriculture est devenue la deuxième marque du marché », assure Thierry Villelégier. La mise en avant des producteurs a été l'une des clés du succès, comme le souligne Thibault Proust. « Nous sommes une vingtaine de producteurs à prêter notre image pour la marque, aussi bien pour les spots TV que pour le packaging. » Il ne cache pas que, pour les éleveurs, retrouver leurs produits en supermarché via la traçabilité est une fierté.

Le développement de la marque n'est pas achevé : depuis 2023, une gamme à destination des professionnels a été lancée et compte déjà une centaine de références. Pour continuer à se différencier alors que les distributeurs investissent son créneau de marché, La Nouvelle Agriculture compte prochainement miser sur l'agriculture de régénération des sols en travaillant avec l'association Pour une Agriculture du Vivant pour déployer un « indice de régénération ».

Léa Nature

Changement de stratégie pour la biscuiterie

Le poids lourd de la filière bio a participé dès 2017 au lancement du projet de biscuiterie « Jean et Lisette » à St-Jean-d'Angély avec d'autres acteurs locaux. De nombreux essais pour développer de nouveaux produits en utilisant les blés de la coopérative Corab, dont les locaux voisinent avec l'atelier biscuitier. « La stratégie qui avait été adoptée était de réaliser des produits très innovants », explique Luc Gauduchon, directeur Innovation technologique Alimentation de l'entreprise de Périgny. « Tartinettes » et autres biscuits très élaborés, confectionnés en partie avec des ingrédients locaux, ont fait partie des premiers produits de l'entreprise, « mais se sont avérés trop sophistiqués par rapport aux attentes des consommateurs bios ». Aujourd'hui, ces productions ont laissé leur place à des biscuits réduits en sucre, avec un Nutriscore A ou B, et surtout un label « Origine France Garantie » grâce à l'utilisation de beurre, d'huile de tournesol ou encore de sucre de betterave français.

Resan

Simplifier la transformation à la ferme

Fondée par un éleveur laitier en 2020, cette entreprise vise à créer « un nouveau modèle d'industrie agroalimentaire », selon sa co-directrice Virginie Faure. Elle propose des micro-unités de transformation au sein de conteneurs aménagés, implantés sur les fermes laitières et démontables en cas d'arrêt du projet. Chaque ferme peut alors alimenter les bassins de consommation de proximité ; avec des contrats pluriannuels de trois ans, Resan s'engage à acheter 80 % de la production pour la commercialiser sous la marque « J'achète fermier » ; les 20 % restants sont commercialisés par les fermes en direct. Sur les onze fermes aujourd'hui équipées, ces produits transformés représentent aujourd'hui en moyenne 31 % du chiffre d'affaires de l'exploitation alors que le volume de lait concerné est compris entre 5 et 10 % de la production globale du cheptel. 

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