"C'est dans cette élection que se joue le quotidien, le concret"
Le scrutin pour élire les conseillers municipaux (et les maires in fine) se déroulera les dimanches 15 et 22 mars. Quels sont l'état des lieux et les enjeux des communes deux-sévriennes avant cette échéance ? Éléments de réponse avec Marie-Pierre Missioux, présidente de l'Association des maires 79 et maire de Cherveux.
Le scrutin pour élire les conseillers municipaux (et les maires in fine) se déroulera les dimanches 15 et 22 mars. Quels sont l'état des lieux et les enjeux des communes deux-sévriennes avant cette échéance ? Éléments de réponse avec Marie-Pierre Missioux, présidente de l'Association des maires 79 et maire de Cherveux.
À deux mois des élections, dans quel état d'esprit se trouvent les 252 maires des Deux-Sèvres ?
Marie-Pierre Missioux : La mandature 2020-2026 a été difficile et marquée par le doute avec la crise du Covid, celle de l'énergie, puis l'instabilité gouvernementale.
Dans l'ensemble, les procédures demandées par l'État se sont aussi complexifiées. Elles demandent plus de temps aux agents et n'admettent aucune tolérance. Les délais s'étirent pour les dossiers.
Les maires auraient besoin de plus de confiance pour agir. Nous avons les compétences. Nous attendons plus de décentralisation, là où on nous rajoute finalement beaucoup de verrous.
Y a-t-il une perte de vocation chez les maires ?
M-P M. : Lors de notre dernier congrès fin 2025, nous avons été agréablement étonnés : malgré toutes les turbulences de ces six dernières années, 6 maires sur 10 repartent pour un nouveau mandat.
À noter que les "nouvelles vocations", maires et conseillers, sont épaulées dès leur prise de fonction. Association des maires, Département, préfecture et autres institutions prévoient des dispositifs d'accompagnement (notamment sur les questions juridiques) et des cycles de formation (État civil, finances, prise de parole, gestion de conflit, gestion des cimetières...).
Les électeurs votent pour une équipe avant tout, comment se compose-t-elle ?
M-P M. : À mes yeux, l'étiquette politique ne prime pas à l'échelle municipale dans les petites communes. Les conseillers se doivent d'être des personnes choisies pour leurs compétences, leur savoir-être et leur disponibilité. Il faut du temps pour s'investir. C'est pourquoi il y a souvent des retraités dans les rangs, des personnels de la fonction publique qui peuvent prendre une disponibilité ou des agriculteurs qui peuvent organiser leurs horaires de travail.
Il faut aussi donner aux conseillers des sujets concrets à traiter, qu'ils soient acteurs, et dans une action qui a du sens. C'est ce qui permet de tenir dans la durée. Il y a six ans à tenir. Il ne s'agit pas juste de lever la main lors des conseils.
J'ajouterai aussi que, quand on peut le faire et qu'il en reste, il faut intégrer des agriculteurs aux conseils.
Justement, quelle est la part des questions agricoles dans les affaires que traite une mairie ?
M-P M. : 80 % des communes deux-sévriennes sont rurales. L'agriculture est pour elles une question transversale, qui diffuse dans tous les domaines.
La mairie est le lieu où les exploitants viennent se renseigner à propos de leurs projets fonciers (notamment ENR) et de bâtiments, sur la gestion des haies... C'est l'endroit aussi où peuvent se jouer les médiations avec les autres citoyens, sur la question de la distance d'épandage par exemple.
Les agriculteurs sont surtout des partenaires, avec qui nous pouvons monter de beaux projets : de circuits courts pour la restauration collective, de préservation des chemins ruraux en replantant des haies (Ekosentia avec aussi les chasseurs)...
Pour vous, quels sont les principaux enjeux des communes du département ?
M-P M. : Faire revenir de la vie dans les bourgs, une synergie des commerces, des pôles santé. Cela prend des années mais c'est essentiel.
Pour les plus petites communes - et il y en a beaucoup chez nous - la réflexion prioritaire doit être portée, il me semble, sur les écoles. Même si ce n'est pas facile à trancher, les regrouper pour faire des pôles scolaires cohérents plus attractifs est un chantier indispensable. Le rectorat, la préfecture et plusieurs collectivités se sont déjà penchés sur ce dossier. Après, il y a une baisse globale de natalité assez dramatique.
Maintenir les tissus associatifs, mutualiser quand on peut pour tenir les budgets de plus en plus contraints sont d'autres priorités.
Pensez-vous qu'il y a une perte d'intérêt du citoyen pour la politique ?
M-P M. : Moins pour l'échelon municipal que pour les autres. Le maire, c'est l'élu qu'ils préfèrent car ils le connaissent et voient se concrétiser ses actions.
Pour moi, l'engagement se joue dès le plus jeune âge. À l'ADM 79, nous soutenons la création de conseil municipal des jeunes. Généralement, ces enfants perpétuent ensuite ce qu'ils y ont vécu, en s'engageant chez les sapeurs-pompiers, dans les associations, en politique.
Mémo - municipales 2026
Inscriptions sur les listes électorales
Il est encore possible de s'inscrire jusqu'au mercredi 4 février inclus en ligne (www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/R16396), et jusqu'au vendredi 6 février inclus en se rendant directement en mairie.
Attention, pour éviter toute mauvaise surprise le jour du vote, il vaut mieux vérifier son inscription. Même si vous avez déjà voté par le passé, votre inscription peut ne plus être à jour. Le lien pour le faire : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/R51788
Dates clés
26 février : clôture du dépôt des listes de candidats ;
2 mars : ouverture de la campagne électorale ;
15 mars : premier tour du scrutin ;
22 mars : second tour ;
Entre le 27 et 29 mars : tenue du nouveau conseil municipal en vue d'élire le maire, déterminer le nombre d'adjoints et leur élection.
Qui élit-on ?
Le scrutin permet d'élire une liste de conseillers municipaux, qui éliront à leur tour le maire. Le nombre de conseillers peut aller de 7 (pour 100 habitants) à 69 (à partir de 300 000). Sont élus également les conseillers intercommunaux.
Qu'est-ce qui change en 2026 ?
Le mode de scrutin évolue cette année pour les communes de moins de 1 000 habitants. Elles sont désormais tenues, comme les autres, de présenter une liste respectant la parité hommes/femmes. Le scrutin passe pour ces communes d'un principe de majorité plurinominale à un principe proportionnel. Autrement dit, il n'est plus possible d'ajouter ou de supprimer des noms (panachage), ou de modifier l'ordre de présentation des noms lors du vote.