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Aviculture
Après le choc du dépôt de bilan du groupe Doux

Professionnels et pouvoirs publics tentent de préserver l'avenir d'une branche majeure de l'aviculture française. Le syndicalisme demande que, pas plus les salariés que les éleveurs, ne soient laissés sur le bord de la route.

Réunion sur l’avenir du groupe Doux, lundi 4 juin, à la préfecture de Bretagne.
Réunion sur l’avenir du groupe Doux, lundi 4 juin, à la préfecture de Bretagne.
© N. C.
Malgré la promesse d’un apport de 35 millions d’euros par les pouvoirs publics, le groupe Doux a décidé de déposer le bilan. L’entreprise a été mise en redressement judiciaire, le 1er juin, par le tribunal de commerce de Quimper pour une période de six mois. Pouvoirs publics et professionnels tentent maintenant de limiter les conséquences de cette décision de justice sur les quelque 3 800 salariés et 800 éleveurs, dont une vingtaine en Deux-Sèvres, et de trouver une solution d'avenir pour l'entreprise et la filière concernée : l'activité volailles fraîches sur la France et le poulet export.
Il s'agit d'abord de permettre aux éleveurs et aux salariés d'être rémunérés. Un premier signe est venu en faveur des éleveurs de la part du tribunal qui oblige le groupe à payer les bandes aux éleveurs aux échéances définies dans le contrat, c’est-à-dire 30 jours fin de bande, pour les lots qui sont livrés à l’abattoir à compter du 1er juin.
Malgré cette avancée, les éleveurs restent inquiets. Un certain nombre d’entre eux menace de ne plus mettre en place de poussins tant qu’ils n’auront pas la certitude d’être payés de leurs lots précédents. « La situation est grave. Les arriérés vont de 1 à 3 lots engendrant d’énormes problèmes de trésorerie dans les exploitations et une perte de confiance dans le groupe », alerte Daniel Audigane, président de l’association des éleveurs Doux Chantonnay. Il demande à l’administrateur judiciaire d’adresser dans les prochains jours à chaque éleveur ayant un encours antérieur au 1er juin « une reconnaissance de dette lui garantissant un règlement dans les meilleurs délais. Sans cela, l’avenir du groupe est incertain car sans élevage, pas d’abattage donc pas de vente et pas de rentrée d’argent ».
L'approvisionnement en aliments pour les animaux risque d'être remis en cause par des fournisseurs qui ne seraient pas payés eux non plus. Mais le 4 juin, des assurances ont été données concernant le paiement de tous les fournisseurs. L'objectif est donc d'obtenir que les aliments soient livrés et les animaux abattus selon les plannings prévus.
André Nils, émissaire du ministère de l’Agriculture et Sandrine Godefroid, secrétaire générale de la préfecture de Bretagne, se sont engagés à œuvrer pour que des actions soient mises en œuvre très rapidement. « L’avenir du groupe Doux est inquiétant pour les éleveurs apporteurs au groupe, ceux qui en sont partis mais qui ont encore des créances, pour les salariés et plus largement, pour l’ensemble de la filière avicole », explique Christophe Labour, président de la section avicole de la Frsea des Pays de la Loire. La profession se mobilise également pour déterminer si, en tant qu'éleveurs intégrés, donc quasi-salariés, les éleveurs pouvaient bénéficier d'un statut similaire à celui des salariés quant au rang de paiement (les salariés sont considérés comme créanciers privilégiés après l'Etat et l'Urssaf). Il devait en être question lors d’une réunion prévue avec les éleveurs livrant à l’abattoir de Chantonnay, le 6 juin.
De leur côté, les salariés, à l’issue d’un comité central d'entreprise, le 5 juin, estiment que « personne n'est à l'abri d’un licenciement » au sein du groupe Doux.

Poulet export sur la selette
Mais se pose aussi la question d’un éventuel désengagement sur le poulet export considéré comme un élément majeur de la filière avicole française. « Il ne faut surtout pas que la France donne le sentiment qu'elle se désengage du poulet export », prévient le président de la Fnsea, Xavier Beulin. Et de préférer une solution stratégique qui préserve la cohésion et la rentabilité des deux branches de Doux : la branche poulet frais vendue essentiellement en France sous la marque Père Dodu et la branche poulet congelé exporté surtout vers le Moyen Orient.
Côté poulets congelés, l'exportation depuis la France est assurée par deux entreprises, Tilly-Sabco d'une part, pour un quart du marché et Doux d'autre part, leader français avec les trois quarts de ce marché qui ne peut se passer de subventions européennes à l'exportation.
Pour compenser les différences de coûts de production entre l'Europe et les concurrents internationaux, Doux recevait annuellement un peu moins de 60 millions d'euros. L'exportation de poulets congelés permet à plusieurs centaines d'élevages ainsi qu'à deux abattoirs de fonctionner.
La famille Doux a proposé, pour l'avenir, de reprendre elle-même cette activité. Mais il n'est pas sûr que le résultat qu'elle a rencontré ces derniers mois, sa décision de faire fi des négociations de l'Etat pour éviter le dépôt de bilan, de même que ses investissements hasardeux au Brésil (après avoir acquis un des leaders brésiliens du poulet export, Doux aurait été « piégé » par l'attribution d'aides financières publiques réservées aux seules entreprises de nationalité brésilienne) fassent pencher une solution en ce sens. De son côté, le patron de Tilly-Sabco, Daniel Sauvaget, serait en train de monter un dossier de reprise avec des coopératives.
Pour les activités de volailles fraîches vendues en France, la solution paraît plus simple ou tout au moins pouvoir susciter plus de candidats. Le leader du secteur, LDC, a affiché récemment des résultats financiers plutôt favorables (91 millions d'euros). Mais en acceptant début 2012 une baisse des prix de vente chez les grandes enseignes de distribution, LDC porte, selon l'avis de plusieurs professionnels, une part de responsabilité à l'aggravation de la situation de Doux.
D'autres entreprises comme des coopératives (Terrena est notamment cité) sont également évoquées comme étant intéressés. Ce qui est sûr, c'est qu'une restructuration générale du secteur ne pourra sans doute pas être évitée. Ni au temps de la déconfiture du groupe Bourgoin, ni au temps de la cession du ténor, Arrivé, cette question n'avait été vraiment résolue. Et aujourd'hui, des concurrents comme les Allemands, sont devenus des acteurs majeurs de la volaille européenne alors qu'ils existaient à peine à l'époque. De surcroît, 40 % de la consommation française de poulets est importée.


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